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La réforme du permis

Haut de pageBas de page Permis de conduire : la montagne a accouché d'une souris

François Fillon

"Le permis de conduire français n'est plus adapté et a besoin d'une refonte complète".
Le projet se voulait ambitieux et le gouvernement promettait une réforme en profondeur pour un permis plus complet, plus accessible et surtout plus sûr. Pour tous ceux qui s'intéressent aux problèmes de sécurité routière, les annonces répétées et le temps passé (plus d'une année !) en consultations diverses laissaient augurer une réforme d'envergure axée sur l'amélioration de la formation initiale des conducteurs français, ce qui aurait été une attitude logique pour un gouvernement dont les actions répressives sont toujours justifiées par la volonté de faire baisser significativement le nombre de tués sur les routes.

Au lieu de cela, le projet annoncé le 13 janvier 2009 par le 1er ministre François Fillon est un concentré de réformettes, un saupoudrage qui risque de ne pas changer grand-chose... L'essentiel ne porte pas sur une volonté d'améliorer le contenu de la formation, mais plutôt de rendre le permis de conduire plus accessible ; effort louable certes, mais sans aucun rapport avec l'objectif d'une meilleure sécurité routière.

Haut de pageBas de page Le détail de la réforme

  • Modernisation de l'examen du code, qui sera plus axé sur les comportements et sur les risques de la conduite. Et à terme (d'ici 2 ans), possibilité pour chaque candidat de passer l'épreuve du code à tout moment via un ordinateur.
  • Modernisation de l'épreuve de conduite, appelée à devenir un bilan de compétence et de comportement, et non plus seulement un décompte d'erreurs dont certaines sont éliminatoires. L'intention est louable, mais on peut tout de même nourrir certaines craintes si le non-respect d'un stop ou d'un feu rouge n'est plus éliminatoire.
  • Création de 55 postes supplémentaires d'inspecteurs du permis de conduire, dans le but de faire baisser les délais de présentation au permis. En pratique, même pas un inspecteur de plus par département, et cela sur une période de 3 ans... il va falloir avoir de la chance et habiter au bon endroit pour en bénéficier.
  • Développement du recours à la conduite accompagnée. Ça, c'est la seule véritable mesure d'amélioration de la sécurité routière de cette réforme, puisque l'on sait que les jeunes conducteurs ayant pratiqué la conduite accompagnée ont moins d'accidents que les autres. L'âge minimum de l'accompagnateur sera donc abaissé, il devra désormais avoir au moins 5 ans d'expérience de conduite. Les plus de 18 ans ayant raté leur permis sans s'être montrés dangereux auront également le droit de conduire dans ce cadre, accompagnés d'un adulte référent.
  • Développement du recours au permis à 1 €/jour, par l'aide d'un fonds de cohésion sociale qui apportera sa caution aux jeunes qui ne parviennent pas à obtenir de prêt bancaire. De plus, les allocataires du R.S.A. (Revenu de Solidarité Active) pourront bénéficier d'une aide de l'Etat. C'est bien pour ceux qui en bénéficieront, mais ce n'est pas une mesure d'amélioration de la qualité du permis.
  • Mise en place d'un rendez-vous post-permis, permettant de vérifier après 6 mois de pratique que le nouveau conducteur possède toujours les bases qui lui ont été inculquées. En pratique, ce rendez-vous n'est pour l'heure pas financé. L'Etat espère pouvoir le faire prendre en charge par les assureurs au motif qu'ils ont tout intérêt à une amélioration de la qualité de la formation ; il est dommage qu'il ne se soucie de la qualité de la formation qu'à ce moment de la réforme !
  • Enfin, petite cerise sur ce gâteau sans grande consistance, les personnes ayant incendié des véhicules ne pourront se présenter à l'examen du permis de conduire pendant 5 ans. Un bel effet d'annonce venu en droite ligne de notre président, et qui, on s'en doute, ne dissuadera pas les petits caïds de quartier de brûler des bagnoles, ni d'ailleurs d'en conduire sans permis.

L'énorme point noir de cette réforme, c’est que rien ne change réellement dans le contenu de la formation, qui continuera à ressembler davantage à du bachotage qu'à une vraie formation pratique à une plus grande sécurité sur la route. Quel dommage de ne pas en avoir profité pour dépoussiérer tout cela, en responsabilisant les nouveaux conducteurs. On aurait pu changer radicalement l'approche de l'examen en insistant sur le partage de la route et en particulier la sensibilisation aux usagers les plus vulnérables (vélos, motos, cyclos...), les manoeuvres d’urgence (freinage, évitement...), la conduite par faible adhérence, etc.

Speedy Z - Janvier 2009

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