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Des conducteurs responsables

Haut de pageBas de page Le concept de sécurité routière en France

Depuis plus de 30 ans, en France, la sécurité routière s'apparente à une véritable propagande dirigée par un unique mode pensée, celui de la répression. Il en a été ainsi dès la naissance de la Délégation à la Sécurité Routière en 1972. Pourtant, la constatation de départ était bonne et aurait pu déboucher sur une une politique efficace sur le long terme.

Raté
En effet, dès les premières études sur les accidents de la route, il s'est avéré que le comportement humain est la cause essentielle du lourd bilan de l’insécurité routière. Les accidents réellement inexplicables sont très rares et ne sont pas le fruit d'une quelconque volonté divine -comme pourrait le laisser croire l'illustration ci-contre- et très peu sont dûs uniquement à des problèmes techniques sur les véhicules.
Le maillon faible, c'est bien souvent le conducteur lui-même, qui faute par manque d'attention ou par défaut de maîtrise de son véhicule. L'idée de changer le comportement des conducteurs était donc sensée, mais a malheureusement dérivé vers une répression de plus en plus lourde, particulièrement ces dernières années. Le conducteur est considéré avant tout comme un délinquant en puissance, qu'il faut prendre sur le fait et punir comme un gamin qui vient de faire une grosse bêtise. Cette attitude regrettable a eu pour conséquence de développer chez les usagers de la route une attitude "pas vu pas pris" dont le résultat est exactement à l'opposé de ce que l'on attendait au départ. Tout comme on n'éduque pas un enfant en lui filant de grosses baffes sans qu'il sache pourquoi il a droit à une correction, on n'éduque pas un automobiliste ou un motard en lui collant une amende s'il ne réalise pas qu'au delà de la faute sanctionnée, il y a un risque réel d'accident. C'est la pédagogie qui manque dans notre pays.

La véritable sécurité routière, c'est que tout un chacun puisse se déplacer en toute sécurité et en évitant l'accident. Si un autre conducteur fait devant moi une faute de conduite pouvant déboucher sur un accident, le fait de savoir qu'il sera lourdement sanctionné ne m'intéresse pas : mon seul souci est d'éviter l'accident. J'attends donc des pouvoirs publics qu'ils mettent en place une formation des conducteurs qui incite chacun à se sentir responsable de sa vie et de celle des autres usagers de la route. Le type pressé qui brûle un feu rouge ne doit pas se dire "je prends le risque de me faire pincer par un flic" mais bien "il peut y avoir une voiture qui arrive et je risque d'y laisser ma peau". La nuance est de taille !
Malheureusement, la politique de sécurité routière dans notre pays s'arrête au strict respect du code de la route, sous-entendant ainsi que toute infraction doit conduire à la sanction (sanction policière ou... accident). Rien n'est fait pour que celui qui se retrouve dans une situation d'urgence, par définition non prévue par le code puisque faisant suite à une faute de conduite (d'un autre ou de lui-même) puisse s'en sortir sans grands dommages. Aucune formation en auto-école sur les freinages d'urgence ou sur les situations qui peuvent amener à la perte de contrôle du véhicule. Combien de conducteurs ont déjà expérimenté une perte d'adhérence ? Du coup, on se retrouve titulaire du permis de conduire sans avoir jamais décelé où était la limite, on fait son apprentissage sur le tas au fil des kilomètres, on s'enhardit, on va de plus en plus vite sans aucune marge de sécurité et un jour, on dépasse la limite ou on se retrouve par hasard face à une situation grave et on ne sait pas réagir. Et ça cartonne dans la bagnole d'en face ou dans un arbre au bord de la route.
A ce moment, nos grands donneurs de leçon décrètent pompeusement : "vous voyez, encore un drame de la vitesse, il faut faire cesser cette hécatombe, on va donc installer de plus en plus de radars car la vitesse tue". Cherchez l'erreur...

Haut de pageBas de page Une formation axée sur la sécurité

Contrôle aux jumelles laser

Au lieu d'une politique routière considérant que le conducteur est un irresponsable ou un délinquant en puissance, il faudrait le former efficacement pour lui inculquer un comportement citoyen et respectueux, et pour cela il faudrait tout d'abord que les pouvoirs publics soient eux-mêmes respectueux.
Au lieu de traquer le conducteur qui dépasse de quelques km/h une limitation de vitesse incompréhensible dans une ligne droite sans grand danger à l'aide de cinémomètres dissimulés derrière un buisson ou planqués dans une voiture banalisée, il faudrait faire en sorte que les limitations de vitesse soient réalistes et adaptées : 70 km/h sur une 2x2 voies bien rectiligne sur des kilomètres, c'est un piège à cons, pas une limitation sensée. Si les allemands respectent globalement leurs limitations, c'est parce qu'ils savent que lorsqu'ils en voient une, c'est qu'il existe un réel danger et donc une vraie raison de ralentir ; chez nous, certaines limitations sont parfaitement aberrantes et semblent n'exister que pour permettre aux forces de l'ordre de faire du chiffre en verbalisant les excès à tours de bras. Je fréquente régulièrement une voie rapide sur laquelle je cherche encore pourquoi certaines courbes sont limitées à 70 km/h : je peux les prendre sans problème à 110 ! Mais les jumelles-laser sont souvent postées à la sortie de la courbe... Dans le même esprit, pourquoi les panneaux annonçant les radars fixes ne rappellent-ils pas la limitation de vitesse en vigueur à cet endroit ? Cela apporte-il réellement un plus au niveau de la sécurité ou est-ce juste une façon d'embrouiller un peu plus les conducteurs ?

Par ailleurs, la formation des automobilistes devrait aussi comporter une plus grande sensibilisation sur la réalité physique d'un véhicule en déplacement. Une masse de 1,5 tonne montée sur des suspensions et lancée à 90 km/h, cela n'est pas un bloc rigide immobile. Les forces qui s'y appliquent sont variées et ont des effets bien particuliers, il serait bon que les conducteurs en aient conscience. Cela éviterait par exemple de voir certaines personnes freiner au beau milieu d'une courbe, alors que la voiture est déjà écrasée sur les suspensions extérieures au virage ; le coup de frein provoque alors un supplément de masse sur l'extérieur, pouvant aller jusqu'au tonneau. Ah tiens, je viens de comprendre pourquoi les courbes de ma 4 voies étaient limitées à 70 : une fois de plus, au lieu d'éduquer, on bride en se disant qu'en allant moins vite, il y aura moins de problèmes. Belle façon de responsabiliser les conducteurs et de leur donner les moyens de savoir circuler en toute sécurité !

Speedy Z - Juillet 2006

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