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Le téléphone portable est incontestablement l'une des inventions majeures de la dernière décennie.
Voici un objet qui n'existait pas avant les années 1990 et dont la banalisation s'est faite à une vitesse
accélérée dans quasiment tous les pays du monde. L'usage du téléphone mobile s'est imposé en quelques
années dans la vie courante et il est devenu un véritable phénomène de société. Reposant sur
l'utilisation d'ondes comme transport de la voix, le téléphone mobile ou cellulaire affranchit les
utilisateurs de la contrainte d'être relié par un fil à un réseau de télécommunications.
C'est l'avènement du "téléphonez en toute liberté" dont usent et abusent d'ailleurs les publicitaires
chargés de promouvoir
Vous pouvez donc désormais téléphoner de chez vous, mais aussi de votre ascenseur ou de votre cage
d'escalier, en flânant sur un trottoir ou en faisant du lèche-vitrines, depuis la file d'attente à la
boucherie ou depuis un petit coin de verdure tranquille à la campagne. C'est l'avènement de l'humain
multitâches, capable d'occuper ses yeux ou ses mains tout en conversant avec son correspondant...
Et pour gagner du temps (le grand fantasme de notre monde occidental),
vous pouvez même téléphoner depuis votre voiture, tout en conduisant...
Téléphoner en conduisant ! Là justement, ça ne va plus du tout, pour la raison simple qu'il est impossible de conduire correctement (c'est à dire en étant véritablement attentif à son véhicule et aux aléas de la circulation) tout en téléphonant. Plusieurs études ont été menées dans différents pays, qui tendent toutes vers la même conclusion : téléphoner au volant multiplie le risque d'accident par 4, et même par 6 dans les premières secondes.
Cela est dû à plusieurs facteurs : le plus évident est bien sûr le fait de quitter la route des yeux le temps de saisir le téléphone pour répondre à un appel, ou pour les plus inconscients, composer un numéro (ou le choisir dans une liste, ce qui revient au même). On estime dans le premier cas le temps de distraction à 5 secondes, et à 12 secondes dans le second cas, pour un numéro pré-programmé et parfaitement connu. Cela paraît relativement peu, mais représente tout de même respectivement 140 m et 330 m parcourus en aveugle à la vitesse de 100 km/h.
Deuxième source d'inattention, la perte de concentration dûe à la conversation elle-même (l'esprit se focalise sur la conversation distante plutôt que sur la conduite), qui se traduit notamment par les effets suivants, qui sont d'ailleurs très comparables à ceux de l'alcool :
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Il est important de préciser que si ces effets se font
particulièrement ressentir dans les premières secondes de la conversation, elles durent pendant tout le
temps de la conversation et sont constatés que l'appel soit donné ou reçu, et quel que soit le type
d'appareil utilisé (kit mains-libres ou pas). Une étude américaine publiée début 2005 révèle même
que le temps de réaction d'un jeune adulte de 20 ans qui conduit tout en téléphonant à l'aide un kit
mains-libres est comparable à celui d'un homme de 70 ans !
Une autre étude d'août 2006 a prouvé que téléphoner en conduisant amenait le cerveau à ne plus consacrer
à la conduite que 50% de ses capacités. Le temps de réaction face à un obstacle est augmenté de 9% en
moyenne, et 24 % des personnes observées sont moins précises dans le respect des distances de sécurité.
Ce sont très exactement les chiffres observés avec une alcoolémie de 0,8g/l !
Pourtant, de nombreux pays
Le professeur Manbir Sodhi, de l'Université de Rhode Island aux Etats-Unis, a étudié le mouvement des yeux de conducteurs en conversation téléphonique. Comme de nombreuses autres études, son travail confirme que conduire et téléphoner sont deux opérations incompatibles et dangereuses. "Dans le fait de téléphoner au volant, le plus dangereux n'est pas de tenir ou non le téléphone" précise le Pr Manbir Sodhi.
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Ces différentes études semblent enfin se rapprocher de la sphère
décisionnelle, puisque dans un rapport publié le 28 mars 2007, l'O.N.I.S.R. (Observatoire National
Interministériel de Sécurité Routière) recommande que la réglementation interdise formellement toute utilisation
du téléphone portable au volant, avec ou sans kit mains-libres. D'après ce rapport, l'utilisation du
téléphone est directement responsable de près de 8% des accidents de la circulation.
Les rapporteurs soulignent que le choix étonnant, en 2003, d’interdire seulement l’usage du téléphone tenu en main
a eu un effet regrettable en faisant croire aux conducteurs en toute bonne foi que l’utilisation du
kit mains-libres ne posait pas de problème de sécurité. Ils reconnaissent que l’utilisation du kit mains-libres
serait difficile à contrôler par les forces de l’ordre, mais pensent que son interdiction permettrait
aux conducteurs d’avoir connaissance des risques inhérents à cette utilisation.
Cesseraient-ils pour autant d'utiliser leur téléphone en conduisant ? Rien
n'est moins sûr ! Il n'y a qu'à voir le nombre important de conducteurs qui téléphonent encore
en tenant leur appareil en main, alors que cette pratique
est interdite depuis 2003.
Simple comme un coup de fil : si vous avez quelqu'un à côté de vous, passez-lui le téléphone.
Et si vous êtes seul dans votre voiture, utilisez les caractéristiques conjuguées de votre mobile et de
votre abonnement : coupez votre portable en montant en voiture, et les appels reçus seront
redirigés vers votre messagerie, service que proposent tous les opérateurs de téléphonie mobile.
A l'arrivée, vous n'aurez perdu aucun appel. Et si c'est vous qui devez appeler, il suffit de vous
arrêter d'abord.
Alors, elle est pas belle la vie ?
S'il est une catégorie d'usagers de la route qui est sensibilisée à la lutte contre l'utilisation du téléphone portable au volant, c'est bien celle des motards.

Tous les motards ont fait un jour ou l'autre l'expérience horripilante d'un caisseux au
téléphone dans la circulation urbaine, qui oublie ses rétros et occupe toute la largeur de sa voie de
circulation par de traîtres louvoiements empêchant de remonter la file de voitures sans prendre de gros
risques.
Plutôt que de vous énerver lorsque vous finirez par passer, faites un petit signe au conducteur indélicat
pour lui rappeler qu'il est dangereux de téléphoner au volant. Peut-être qu'à force d'insistance, cela
finira par entrer dans les crânes les plus hermétiques.
Solution plus directe, celle utilisée dans le cadre de l'opération "Danger : Portable" par l'antenne Paris Petite Couronne (PPC) de la FFMC (Fédération Française des Motards en Colère), la Mutuelle des Motards, Moto-Magazine et l'AFDM (Association de Formation Des Motards) le 5 Avril 2003 à Paris : distribuer aux automobilistes coincés dans les embouteillages des autocollants les sensibilisant aux dangers du téléphone au volant. Le message était clairement compréhensible : provoquer un accident, c'est simple comme un coup de fil.

Personnellement, je ne connais aucun motard digne de ce nom qui téléphone en conduisant, même s'il apparaît que de plus en plus de conducteurs de deux-roues, principalement des scooters ou des petites cylindrées, circulent dans les grandes villes avec un portable coincé dans leur casque ; le plus incroyable, c'est que si l'on s'en tient à la lettre de la loi, ils ne sont même pas en infraction avec cette bidouille puisqu'ils ne tiennent pas en main leur combiné...
Depuis quelques années, histoire de profiter du créneau, certains constructeurs commercialisent des casques avec oreillettes intégrées, ce qui évite certes les bidouilles mais amène les motards à rouler en prenant exactement les mêmes risques que les automobilistes. Ne soyons pas idiots, si téléphoner au volant est dangereux, il l'est bien sûr tout autant de téléphoner au guidon. Et n'oublions pas que les conséquences d'un accident, elles, sont autrement plus graves lorsqu'on n'est pas protégé par une carosserie.

Décembre 2008 : plusieurs années déjà que l'on constate quotidiennement les méfaits du téléphone portable au volant, plusieurs années que je peste sur la route contre ces conducteurs irresponsables, véritablement dépendants de leur portable au point de ne pouvoir s'en passer durant leurs trajets, certains s'amusant même à envoyer des SMS ou à en consulter tout en roulant. Tout à leur conversation, ils se croient seuls sur la route et conduisent en oubliant toute notion de sécurité routière, multipliant les approximations.
Et soudain, les pouvoirs publics semblent découvrir cet état de fait. Le gouvernement se rend enfin compte que le problème est grave et qu'il faut cesser de se voiler la face : le téléphone au volant, même avec un kit mains-libres, constitue un véritable danger. Téléphoner au volant est une source de distraction qui altère la concentration des conducteurs, en détournant leur attention de la circulation.
La sécurité routière lance donc une campagne de communication nationale (radio, TV, internet) à ce sujet. "Téléphoner en conduisant multiplie par cinq les risques d'accident" énoncent enfin les spots diffusés à cette ocasion. L'utilisation du portable au volant serait ainsi responsable de 300 morts par an.